Publié le 16 mai 2025 par Alban Kites
Je serai sur le terrain à Tomblaine, du 13 au 15 juin, carnet en main et micro branché pour te montrer les coulisses du Championnat de France. En guise d’amuse-bouche, j’ai attrapé Marc — tout juste rentré de la régionale d’Houlgate — et on a déroulé la pelote. On parle ici à la première personne : moi pour les questions, Marc pour les réponses. Six temps forts, zéro langue de bois.
Place à ce résumé de conversation, en « je » pour tous les deux. Marc nous a founi les photos qui accompagnent cet article.
Quand j’arrive sur un terrain, je vois juste des voiles. Mais qu’est-ce qu’il se passe en coulisse ?
Marc — « On se retrouve le matin, on pose nos sacs, l’émargement ouvre, et on vérifie que tout le monde est à jour de sa licence avec carte compète (hors “open” bien sûr). Les juges lancent ensuite le briefing et après, ça déroule non-stop jusqu’à la fin de la compétition. »
- Différents formats possibles « selon la météo, le nombre de pilotes, les contraintes du lieu (marée, par exemple) ». Les organisateurs et les juges répartissent les épreuves de figures imposées et de ballets tout en respectant le règlement.
- Juges marathoniens. « Eux sur les grosses compètes comme le Championnat de France, ils restent 8 ou 9 heures debout, sans vraie pause, enchaînant les épreuves des différentes catégories pour garantir que la compète se termine dans les temps avec toutes les épreuves bouclées. »
« Dans l’ombre, en amont, on bataille tout au long de l’année pour trouver le lieu et la date du Championnat de France et pour avoir assez de manches sélectives régionales. Malheureusement, depuis 2 ou 3 ans, il n’y a plus que 2 manches régionales par saison : Houlgate pour la Normandie et Amiens pour les Hauts de France.
Il y a quelques années, on avait aussi Marcollin dans la région Auvergne-Rhône-Alpes mais plus maintenant. Au début de mon mandat on était sur un nombre de 8 à 10 manches sélectives par an, mais le COVID est passé par-là et la dynamique peine à repartir.
On manque d’initiatives de la part de clubs et de soutien de la part des Comités Départementaux de Vol Libre (CDVL) et des Ligues, notamment dans l’Est, et le Sud, pour mettre en place des manches sélectives. »

Mais pourquoi organiser des compétitions ?
Marc — « Parce que ça plaît à un certain nombre de pilotes ! Les figures imposées, et la préparation d’une routine technique, ça t’oblige à bosser des trucs que tu éviterais probablement dans un vol pour le seul plaisir. Moi, par exemple, la marche arrière montante en 4 lignes, sans la compète, je l’éviterais sans doute, en tout cas ce ne serait pas ma priorité; mais là, pas le choix ! J’ai dû la travailler en figure imposée ce qui m’a amené à progresser au point de chercher à mettre des difficultés techniques de ce genre aussi dans mes ballets pour essayer de glaner un peu plus de points et tâcher de faire la différence qui me fera peut-être gagner une place au classement. »
- Accélérateur de progrès. « Sans compètes tu restes dans ta zone de confort, même si tu fais régulièrement des démos lors des manifestations. C’est déjà un pas, mais tu peux rester “soft”, avec peu de prise de risque, dans les démos à destination d’un public souvent peu avisé. Avec la compète et la confrontation aux autres concurrents et aux juges, tu te disciplines, tu chronomètres tes enchaînements, tu te filmes, tu te corriges, tu t’attaches à pouvoir répéter toujours les mêmes enchaînements, dans le même timing, quelles que soient les conditions.
Il y a aussi beaucoup d’entraide, de conseils donnés par les anciens, les juges et même les compétiteurs. » - Vitrine pour les festivals. « Au micro, annoncer la présence d’un champion de France, d’un vice-champion d’Europe… ça claque !
Le simple fait d’annoncer un pilote comme sélectionné pour le championnat de France ou classé parmi les 10 premiers ça attire l’œil.
Le public ne sait pas s’il y a dix ou mille pilotes, il ne retient que les titres et classements. Ça fait tilt chez les organisateurs et ils t’invitent plus facilement. » - Public & communauté. « Quand à la fin d’une démo de ballet calé sur la musique avec des figures de freestyle, tu reçois des applaudissements nourris, ça fait chaud au coeur, ça rend fier. Tu te dis que tes efforts n’ont pas été vains, que le travail paye. Le week-end dernier, il y avait plusieurs milliers de personnes sur la digue d’Houlgate, et plusieurs centaines étaient scotchées autour de notre terrain pour assister et applaudir chaleureusement à nos ballets. Ça te met un sacré peps pour plusieurs jours ! »
Nouveaux venus. « On espère toujours avoir plus de compétiteurs mais beaucoup n’osent pas, ont peur d’être ridicules… C’est vrai que souvent on finit dans les derniers sur ses premières compètes. Et alors ? Il faut bien commencer ! Encore une fois, en persévérant et en travaillant, on finit par gravir des marches. Et puis qui sait si, peut-être te sous-estimes tu ! Peut-être serais-tu comme Quentin, le week-end dernier : première compète et il finit déjà deuxième et pourra peut-être viser le podium France en 2026. Sans événement, il restait beaucoup plus anonyme. »

On entend souvent “La Fédé devrait…”. Qu’en est-il ?
Marc — « La Fédération (FFVL), c’est une asso nationale délégataire : elle est garante des règlements et de leur application, gère la délivrance des titres officiels et discute avec l’État (ministère des sports, notamment).
Ses principales obligations, à ce titre, portent sur la formation et sur l’organisation de la compétition au niveau national et le soutien pour la compétition aux échelons inférieurs.
En dessous, tu as :
- Les Ligues – niveau Région donc en discussion avec les Conseils Régionaux
- Les Comités Départementaux de Vol Libre (CDVL) – niveau Département, donc en discussion avec les Conseils Départementaux.
- Les associations et les clubs – niveau local
Chaque étage est lui-même une asso, donc autonome dans ses décisions et ses modes de gestion. Cependant, les CDVL, les Ligues et la FFVL sont censés aider les clubs affiliés dans leurs actions, parfois financièrement (subvention) mais pas seulement. Souvent, les actions ont aussi besoin de moyens humains (bénévolat), de reconnaissance/publicité…»
- Subventions & réalités. « Les aides suivent les projets, à condition qu’ils soient justifiés. » En fait, les clubs peuvent demander des subventions en expliquant leurs besoins. La fédé, les ligues et les CDVL vérifient que « les subventions qu’elles versent profitent aux licenciés au travers de leurs clubs affiliés et pour des actions en accord avec les grands principes défendus. ». Si la demande est acceptée, les aides peuvent se répartir entre les 3 étages.
- Bénévoles. « On oublie trop souvent qu’à la fédé, et dans les Ligues et les CDVL, ce sont très majoritairement des bénévoles qui œuvrent. Ils ne peuvent donc pas être omniprésents et disponibles full-time. Ils ont un boulot, une vie de famille, des amis, d’autres activités sportives et loisirs… comme tout un chacun. »
- Rôle-clé des clubs. La Fédé outille, conseille et cofinance, mais ne peut monter chaque compète : elle gère surtout le niveau national (championnat de France) et elle a besoin d’un club local pour l’organisation terrain et les partenariats.
« Mais pour le niveau régional, il faut impérativement que les clubs comptant des compétiteurs dans leurs rangs organisent des manches sélectives pour leur permettre de se qualifier et construire ainsi un maillage de premier niveau»
Cercle vertueux/vicieux. « Pas de régionale → pas de débutants → à terme, de moins en moins de compétiteurs → pas de compétitions (régionales ou non).
Il faudrait absolument que l’on arrive à casser ce cycle, mais, pour ça, il faut que cela vienne d’une poignée de motivés locaux dans chaque région pour mettre en place des manches sélectives. »

Ta première compète, c’était comment ?
Marc — « En 2014, je croise, pendant le festival de Dieppe, Jérémy Maton (leader de l’équipe Cerfs-Volants Folie, évoluant aux plus hauts niveaux de compétition à l’époque) qui nous pousse et nous met un peu la pression, à mon partenaire de paire et moi : “Dans quinze jours, il y a une régionale à Rouen. Vous venez !”. À l’époque, on commençait tout juste à oser faire quelques démos lors des manifestations, mais sans grande prétention et en pur mode “impro” à chaque fois. On n’avait pas vraiment de musique et rien de véritablement écrit. Juste quelques morceaux de routine que j’annonçais au fur et à mesure sur un fond sonore donc rarement bien calé sur le tempo.
On s’est pointés, pas bien prêts, sûrs d’être derniers… Et on l’a été, évidemment ! Mais l’ambiance était top et m’a tout de suite énormément plu. Ça me donnait l’occasion de côtoyer les meilleurs et de glaner des conseils et apprendre à leurs côtés. Ça m’a également obligé à réellement écrire un ballet (en quinze jours), juste pour ne pas me sentir ridicule, car là, c’était devant des juges et des compétiteurs aguerris qu’il allait falloir voler. Au final, ça nous a plus fait progresser en 15 jours que les six mois/un an précédent pendant lesquels on s’essayait maladroitement à voler en paire. C’était parti ! Depuis, il ne se passe pas une année sans que je ne participe aux manches sélectives et tente de me qualifier en paire au début puis également en individuel 2 lignes et depuis peu aussi en 4 lignes. C’est comme un gentil virus qui t’aide et te pousse à avancer, à progresser. »

J’ai envie d’essayer : quels conseils ?
Marc — « Tout d’abord, bienvenue ! On manque de compétiteurs, en particulier de jeunes. Viens sur une manche open: tu auras un classement du jour, zéro pression. N’aie pas peur : aujourd’hui il n’y a plus de rivalités toxiques entre teams sponsorisés comme cela a pu être le cas il y a plusieurs années. Au contraire, beaucoup de conseils, d’entraide et de bienveillance émanent des plus anciens envers les compétiteurs plus débutants, même entre concurrents d’une même catégorie. Ok, sur le terrain, on se tire un peu la bourre pour essayer de passer devant le copain au classement, mais ça reste bon enfant et amical. Il arrive même que l’on se prête des cerfs-volants entre concurrents en cas de casse ou de CV mal adapté aux conditions météo. L’ambiance vaut vraiment le coup ! »
- Trouve un club qui aime la compète. « Sans club moteur, rien ne se passe. Chez EO’Kite, mon club, par exemple, on n’est pas trop médaillés, en tout cas pas les premières places, mais on aligne plusieurs qualifiés chaque année dans plusieurs catégories. On a même l’un de nos compétiteurs en individuel multilignes, Rémy, qui s’est trouvé qualifié et à participé à la dernière Eurocup (en 2023).
Et j’incite tous nos membres à profiter de toutes les opportunités pour progresser au travers des stages de perfectionnement qui sont organisés régulièrement. Je reste convaincu que notre appétence pour la compétition nous pousse à rechercher la progression, à se tenir informé de ces stages, à participer au plus d’événements possible, qu’il s’agisse de festival, de conviviale ou de compétition, à réaliser des démonstrations chaque fois que possible et donc, au final, à progresser encore et toujours plus que si on volait tous seuls, dans notre coin, sans côtoyer des pilotes apportant leurs expériences et conseils et sans se confronter régulièrement au regard du public et des juges » - Lis la page Facebook “Cerf-volant Fédération Française”. « Le site officiel reste une source fiable pour les informations fixes (règlement, figures, résultats…) et même si l’on essaie également de gérer l’actualité sur celui-ci, il n’est sans doute pas assez clair et un peu trop niché pour être véritablement suivi. Sur Facebook, on touche plus large, amis d’amis… et l’actualité passe plus facilement »
- Ose rater. « Personne ne rit d’un débutant. Au pire, tu découvres ton niveau. Au mieux, tu repars avec un trophée et l’envie de revenir. Et puis c’est au contact des meilleurs que tu glanes les renseignements. Perso, j’ai tout appris comme cela. »
« Le plus dur, c’est de commencer, de se lancer, la première fois — après, pour certains, comme moi, entrer dans l’arène pour une épreuve de compète ou une démo, ça devient comme une drogue : ça booste l’adrénaline ! »

Tu peux me citer des clubs orientés compétition ?
Marc — « Le Cerf-Volant Club Jules Vernes à Amiens reste l’une des références pour moi (c’est le club de l’équipe Start’Air qui a tout gagné en paire et team).
Aventours, en région parisienne, qui est dirigé par l’un de nos juges nationaux et qui draine des pointures, surtout des individuels, provenant de toute la France, comme Richard Debray, Sébastien Karnier, Marjorie Truchet, par exemple, pour ne citer qu’eux).
Le SMKC en région Auvergne-Rhône-Alpes est également dirigé par l’un de nos juges nationaux et regroupe plusieurs compétiteurs de haut niveau (Arnaud Duhamel, Sam et Laura de la paire Axel’R, le team Connexion, pour ne citer qu’eux).
On trouve aussi Wind Family, basé en Bourgogne, qui abrite la team Panam’Air.
Ainsi que le Dynamic Bertry dont le président est un compétiteur individuel 2 lignes, anciennement leader du team Aero Ch’ti, et accueillant le team Guess).
Et puis il y a mon asso, EO’Kite, basée près du Havre avec, à ce jour, 8 pilotes compétiteurs, régulièrement sélectionnés au niveau France et répartis dans 4 des 6 catégories.
J’espère n’avoir oublié aucun club 😅.
En-tous-cas, de mémoire, la quasi-totalité des compétiteurs que l’on retrouve régulièrement à tous les échelons de la compétition fédérale proviennent de l’un de ces clubs.
Un club qui bouge, ce n’est pas forcément celui qui gagne tout, c’est aussi celui qui plante sa tente, sort les bannières et donne envie. »

Ce que j’en retiens… et toi ?
- La compète, c’est un accélérateur : objectifs + conseils des anciens = progression express. Cela fait progresser la discipline et les pilotes — pas juste distribuer des médailles.
- Ecosystème : Fédé, ligue, CDVL, club : chacun son maillon, mais la chaîne ne tient que si le terrain (les clubs) tire. Pas de compète sans clubs actifs
- L’ambiance 2025, fini les guerres de teams ; l’entraide prime et les anciens partagent volontiers leurs astuces !
- Un titre, un classement, même modestes, ouvre des portes : pour un festival, “vice-champion régional” ou “5ème au Championnat de France” fait toujours son petit effet. Évidemment plus le titre (ou le classement) et l’échelon sont élevés et plus l’impact est grand.
Je serai à Tomblaine (13-15 juin) pour vivre les briefings à l’aube, l’émargement minute en main, et capter ces moments où les juges rangent enfin leurs anémomètres. Moi, cette discussion me donne juste envie de tendre mes lignes et de glisser la question qui chatouille : pourquoi pas toi ?
Pour aller plus loin
- Page Facebook Cerf-Volant Fédération Française
- Site de la Fédération Française de Vol Libre
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