Le brevet du ressort Reflex – US 7 607 615

(US 7 607 615 — « Brake for a kite » par Joseph R. Hadzicki)

Publié le 17 octobre 2026 par Alban Kites

Le ressort Reflex, un fil métallique fixé sur la barre.

Cette page détaille le brevet US 7 607 615, « Brake for a kite », déposé par Joseph R. Hadzicki et cédé à Revolution Enterprises, Inc. Chez Revolution, le système qu’il décrit porte le nom commercial de Reflex. Elle explique le principe du frein du brevet, tel que le ressort Reflex le met en œuvre, ce que disent les pilotes de cerfs-volants équipés du ressort Reflex, et à qui ce système semble destiné.

Le schéma 1 est un dessin pédagogique sans échelle, réalisé par QuadKites.org à partir de la description du brevet. Les figures 1 et 4 sont issues du brevet.

Le brevet est public : lire le brevet en PDF.

Le mot désigne trois choses différentes, ce qui brouille souvent les discussions. Dans cette page, « frein » désigne le dispositif du brevet, et « ressort Reflex » la pièce montée sur les Rev qui le met en œuvre. Cette page ne traite que du ressort ; la gamme et les barres ne sont évoquées que pour lever la confusion.

Cette génération a aussi changé les barres : elles sont plus grosses, et des pièces des anciens modèles, sans ressort, ne sont plus interchangeables avec les nouveaux (KiteBuilder).

Le brevet revendique un cerf-volant équipé d’un frein à ressort : une voile, une barre et un frein à ressort fixé sur la barre (le standoff du brevet). Il ne décrit ni la structure quad-line ni les poignées, qui ne sont pas mentionnées dans le texte. Ces éléments relèvent de brevets plus anciens, dont le premier, US 4 892 272, a expiré en 2008 (lire l’article sur ce brevet).

L’ironie tient à ce que le brevet encore actif porte sur un élément ajouté, le frein à ressort. Une marque peut ainsi continuer à parler de cerf-volant « breveté » pour cet élément, alors que la conception d’origine du cerf-volant est tombée dans le domaine public depuis 2008-2009. La vidéo de 2020 présente d’ailleurs le design Reflex comme « patented and only available on Revolution kites ».

Le brevet est donc tombé dans le domaine public en juillet 2026 (échéance estimée par Google Patents).

Le problème : perdre la puissance sans perdre le contrôle

Section intitulée « Le problème : perdre la puissance sans perdre le contrôle »

Le brevet part du cas des cerfs-volants puissants, utilisés avec un ski, une planche ou un véhicule. Ces machines peuvent entraîner leur pilote à travers les arbres et les obstacles, et le texte précise qu’elles n’offrent aucun moyen de compenser les rafales.

Un Rev est un tout autre objet : léger (environ 260 g pour un EXP, selon le constructeur) et conçu pour la précision. Le brevet ne le décrit pas. La chaîne qu’il décrit reste pourtant valable à petite échelle :

  1. si le nez (bord d’attaque) passe sous un angle nul par rapport au vent, le vent pousse le cerf-volant vers le pilote ;
  2. la ligne de commande perd sa tension, et le contrôle se perd.

Sur un Rev, la perte de contrôle prend surtout la forme d’un décrochage au bord de la fenêtre ou au zénith, que la vidéo de Revolution décrit. Le brevet cherche à couper la puissance tout en gardant le contrôle. Il ne s’agit pas d’arrêter le cerf-volant, mais de le faire descendre en vol plané et de remettre le nez en position.

La portance d’une voile dépend de sa forme. Quand la face inférieure, celle qui reçoit le vent, est concave, la voile cambrée produit une portance vers le haut. Si cette cambrure est inversée, la portance disparaît.

Le brevet décrit deux formes de voile :

Figure 1 du brevet : vue en perspective du dessus de la voile, avec le frein 108, le ressort 110 et la tige 112 sur la barre 106. Reproduction du dessin du brevet US 7 607 615.
ABLppfL ≈ 0123123
Schéma 1 — Coupe de la voile.
A : vol normal, la pression du vent cambre la voile.
B : frein actif, le ressort pousse la face supérieure et la portance s’annule.
Légende : 1 barre (strut), 2 voile, 3 frein à ressort (standoff) ; p pression du vent, f force du ressort, L portance.

Le frein s’active selon l’équilibre entre la pression du vent et la force du ressort :

Pression du vent sous la voile (p)Force du ressort (f)État
p supérieure à fle ressort se comprimeforme de vol, frein inactif
p inférieure à fle ressort pousse la voileforme de frein, portance nulle

Le brevet ne donne aucune valeur pour ce seuil. Il dépend du ressort choisi et du vent. La description précise qu’un vent suffisant, qui pousse la face inférieure avec plus de force que le ressort, désactive le frein.

Le brevet ne parle pas de performance selon le vent. Il dit seulement qu’un vent dont la pression dépasse la force du ressort désactive le frein : en vent fort, le ressort se comprime, par conception. Le texte n’affirme pas que son effet disparaît. Sur le terrain, les avis divergent. Dans un fil de 2021, un pilote suppose que le Reflex ne marche bien qu’en vent faible ou nul ; un autre répond que le ressort est comprimé en permanence par vent fort, et n’agit plus qu’en vidant la pression de la voile (groupe Club 38). Revolution présente le Reflex comme optimisé pour le vent léger (page du Reflex XX).

Une estimation de portance, faite à partir des ordres de grandeur d’un EXP (calcul simple, non mesuré), suggère que la zone où la voile se maintient se resserre nettement autour du centre de la fenêtre en vent faible, et s’élargit en vent fort. Cela rejoint les avis qui placent le Reflex en vent léger, sans le prouver.

Le frein ne se contente pas de couper la portance. Il redresse le cerf-volant. Selon le brevet, le standoff, seul ou par la force qu’il exerce entre la voile et la barre, fait tourner le pôle de bord d’attaque vers la face supérieure de la voile : le nez se relève, les lignes de commande retrouvent leur tension, et la voile forme un profil à portance inversée. Le brevet dit que le cerf-volant glisse jusqu’à l’arrêt, sans décrocher ni tomber sans contrôle.

Figure 4 du brevet : le standoff en trois états, détaillés ci-dessous. Reproduction du dessin du brevet US 7 607 615.

La revendication 18 précise que cette rotation peut détendre brièvement une ligne avant qu’elle ne soit de nouveau mise sous tension. Pour le pilote, c’est le moment où la ligne « flotte » puis se retend.

Les revendications se regroupent en cinq familles :

Le brevet décrit le principe sur un cerf-volant générique, sans quatre lignes ni poignées. Le Reflex est la mise en œuvre commerciale de Revolution. Les sources publiques apportent quelques détails sur cette mise en œuvre :

Ces propos viennent du concepteur ou d’un membre du groupe. Ils décrivent des réglages, pas des mesures.

La vidéo de Revolution : « See how the Reflex adds stability »

Section intitulée « La vidéo de Revolution : « See how the Reflex adds stability » »

Le concepteur, qui se présente comme l’inventeur de la Revolution, a publié cette démonstration sur la chaîne Revolution Kites le 14 juin 2020. La démonstration compare le même cerf-volant avec et sans Reflex, en vent variable d’environ 0 à 6, sur un EXP et des lignes de 30 pieds.

Le Reflex de Revolution : vois comment il apporte de la stabilité par Revolution Kites

Ce que nous retenons de cette vidéo — Le Reflex de Revolution : vois comment il apporte de la stabilité

  • Au point de décrochage, le Reflex fait remonter l'aile au lieu de la laisser tomber ; son effet de flottement rend aussi le hand launch facile.
  • Au bord de la fenêtre, le Rev avec Reflex flotte au lieu de décrocher, ce qui laisse du temps et enlève le stress.
  • À la verticale, sans Reflex, le Rev tombe tout droit ; avec, il se retourne et revient seul dans le vent, en pilote automatique.
  • Le Reflex empêche aussi l'aile de se retourner en reverse, et se désengage en quelques secondes pour voler à l'ancienne.

Transcription — Le Reflex de Revolution : vois comment il apporte de la stabilité

  1. Comment fonctionne le Reflex

    0:00

    Salut, je suis Joe Hadzicki, l'inventeur du Revolution, et aujourd'hui on vole avec des vents d'environ zéro à six, et ils sont variables, donc un peu irréguliers. Dans ces conditions, je volerais normalement avec un XX, mais aujourd'hui j'ai l'EXP, et on va parler du design Reflex. Le Reflex du Revolution fait que l'aile, quand elle est sur le point de décrocher, récupère et remonte au lieu de tomber. Je te montre à quoi ça ressemble. Pour l'instant, on est configuré sans le Reflex, voyons comment il flotte. Bon, ce n'était pas une bonne récupération. Maintenant, enclenchons le Reflex et regarde si tu vois l'aile remonter quand elle arrive à ce point de décrochage. Allons-y. Tu vois comment l'aile remonte ? Voyons comment ça influence le reste de ton vol.

  2. Lancement à la main

    0:55

    On vole par vent faible et variable, sur des lignes de 30 pieds (environ 9 m). Ce que j'aime avec ces lignes, c'est que j'aime faire des hand launch. Le Reflex provoque un effet de flottement, qui rend le hand launch vraiment facile. C'est l'une de mes figures préférées. Regarde ça.

  3. Bord de la fenêtre sans Reflex

    1:18

    J'ai désengagé le Reflex, et ce qu'on veut observer, c'est le bord de la fenêtre. C'est là qu'est la contrainte, donc on va voler jusqu'au bord et regarder le Rev sans Reflex décrocher. Je ne dis pas qu'il est impossible de récupérer dans ces situations. Ce que je dis, c'est que le bord de la fenêtre est stressant, et que le Reflex enlève ce stress.

  4. Bord de la fenêtre avec Reflex

    1:41

    Faisons-le cette fois avec le Reflex. Le vent est tombé à environ zéro, mais j'ai réenclenché le Reflex. Emmenons-le au bord et voyons ce qui se passe. Tu vois comment il flotte simplement là ? Il descend un peu en flottant, mais il flotte, et ça me laisse beaucoup de temps. Ce sont donc ces conditions de bord qui sont difficiles à gérer. Le Reflex les rend beaucoup plus confortables.

  5. À la verticale sans Reflex

    2:18

    Une autre situation de bord de fenêtre, c'est directement à la verticale. On n'a plus de fenêtre là-haut. Je désengage le Reflex, et voyons ce qui se passe quand on l'emmène là-haut. Il tombe du ciel tout droit. Il n'y a vraiment aucune récupération possible. Beaucoup de pilotes aiment ça parce qu'ils font des catch and throw : ils le sortent volontairement, le rattrapent, puis le relancent. Mais si tu n'es pas si expérimenté, tu perds complètement le contrôle à ce moment-là. Refaisons-le avec le Reflex.

  6. À la verticale avec Reflex

    2:53

    Bon, le Reflex est réenclenché. Montons à la verticale et voyons ce qui se passe. Tu as vu ce qui se passe ? Il le prend, et rappelle-toi, il remonte en douceur. Il se retourne et revient voler dans le vent. On appelle ça le pilote automatique, et ça rend la récupération vraiment confortable et facile. Le Reflex est génial pour ça.

  7. Vol en reverse et brevet

    3:22

    Un autre problème que le Reflex règle, c'est le retournement de l'aile en reverse. Regarde, je vole en marche arrière, regarde l'aile se retourner. J'ai réenclenché le Reflex. Maintenant regarde jusqu'où et à quelle vitesse il vole en reverse, et il ne se retourne pas. Le design Reflex est breveté et n'existe que sur les cerfs-volants Revolution, mais il équipe tous les Revolution. Si tu veux voler à l'ancienne, tu peux le désengager en quelques secondes, ou tu peux voler dans les deux configurations. C'est le meilleur des deux mondes. On se retrouve sur le terrain.

  1. Le décrochage. Quand la voile approche du décrochage, le Reflex la fait remonter au lieu de la laisser tomber. Sans Reflex, la récupération est mauvaise selon la démonstration.
  2. Le bord de la fenêtre. C’est la zone de stress. Sans Reflex, le cerf-volant tombe quand on le pousse vers le bord ; avec Reflex, il flotte vers le bas et laisse du temps pour réagir.
  3. Au-dessus de la tête. Sans Reflex, le cerf-volant tombe en ligne droite, et la vidéo dit qu’il n’y a pas de récupération. Avec Reflex, il revient et se remet face au vent. Le concepteur parle de « pilote automatique » (autopilot).
  4. Le lancer à la main. L’effet de flottement rend le lancer à la main plus facile, surtout avec des lignes de 30 pieds.
  5. La marche arrière. Avec Reflex, la voile ne se retourne pas (wing flip) quand on recule. Sans Reflex, elle se retourne.
  6. Le réglage. Le Reflex se désactive en quelques secondes pour voler « à l’ancienne ». La vidéo présente le choix comme une question de style.

Les avis viennent de forums et de groupes publics. Ce sont des témoignages, recueillis sans méthode statistique : ils disent ce qui a été vécu dans des conditions précises, pas ce qui est fréquent. Trois ensembles se dégagent.

Là où le Reflex convainc. Plusieurs pilotes insistent sur la stabilité, surtout dans les vents instables. Felix Mottram décrit en 2016 un ressenti « très positif » dans les lignes, même lorsque le cerf-volant monte presque à la verticale (Decorators Kites). Mike Klaiber, qui fait voler un Reflex XX avec des enfants, observe que le ressort maintient la voile légèrement sous pression, si bien que le cerf-volant flotte au lieu de tomber (groupe Quad Line). Philippe On Web le recommande aux débutants, dans sa version EXP (groupe Quad Line). Côté lancer, un pilote remarque que le Reflex et une copie tiennent très bien sur de longues poignées de lancer, sans vent (fil Revkites).

Là où il divise. Le 1.5 Reflex concentre les critiques les plus argumentées. John Barresi, auteur de la série B, écrit que les ressorts ne semblent pas faire grand-chose sur une plateforme 1.5 et que le 1.5 Reflex tombe en spirale lors d’un 3D catch, sans le planer ni l’« auto-save » du Reflex d’origine (fil KiteLife). Il juge pourtant le XX comme le modèle auquel la technologie convient le mieux (groupe Quad Line).

D’autres critiques portent sur des usages précis. Un pilote a revendu son Reflex, qui ne se prêtait pas au catch and throw (fil Revkites). Paul Plested constate qu’avec les ressorts le catch flottant n’est plus possible, et que les axels sont plus faciles sans (groupe Club 38). Romain Ptikar se demande si le système n’enlève pas une part du plaisir de piloter, celui de faire les choses soi-même, sans artifice (groupe Quad Line). Marc van der Graaf dit ne pas être très enthousiaste pour le système (groupe Revrevoquad).

Les points de friction concrets. Wayne Dowler signale en 2019 que les ruptures de barres Reflex surviennent souvent autour du ressort. Certains ont renforcé cette zone, d’autres ont retiré le ressort (groupe Quad Line). Un fil de 2017 rappelle que les ressorts peuvent être pliés ou retirés, et que certains pilotes les adorent tandis que d’autres les détestent (« No love for the Reflex line? », KiteLife).

Ce qui ressort : les avis positifs portent sur le XX, les débutants, les vents instables et le flottement au bord de la fenêtre. Les critiques portent sur le 1.5 Reflex, le catch and throw, les axels, les vents très faibles et la casse autour du ressort. Le Reflex n’est donc ni unanimement apprécié, ni rejeté : son intérêt dépend du modèle, du vent et du style de pilotage.

Les propos du concepteur, Joe Hadzicki, sont ceux du fabricant. Ils ne sont pas neutres.

Un constat, sans prétention statistique : dans les groupes et les forums consultés, les pilotes de compétition et les pratiquants très avancés parlent rarement du Reflex comme d’un outil de performance. Il apparaît plutôt comme une aide pour apprendre, ou pour voler dans des conditions difficiles.

Le concepteur le dit aussi. En juillet 2020, son message affirme que le Reflex est « surtout utile aux nouveaux pilotes qui apprennent de nouvelles figures », et qu’un pilote Rev expérimenté maîtrise déjà les techniques de récupération de décrochage (groupe Club 38). En août 2020, le concepteur suggère à un pilote de niveau élevé que les axels peuvent être plus faciles sans ressorts (groupe Club 38).

Un critique, John Barresi, va plus loin : selon l’auteur, le Reflex « n’est pas un premier cerf-volant, c’est un complément » (revue KiteLife).

Ces lectures ne s’opposent pas nécessairement. Elles décrivent un outil d’apprentissage et de confort, moins adapté à la recherche de performance. Y voir une limite ou un choix dépend de la pratique de chacun.

Le brevet sur Google Patents : US 7 607 615 B2.

Dernière mise à jour : — lecture du brevet du ressort Reflex, avec schémas, vidéo du fabricant et retours de pilotes